Le Gouvernement français accueille aujourd’hui et jusqu’à demain soir des acteurs stratégiques en faveur de la souveraineté numérique afin de présenter une feuille de route commune et européenne. Depuis le 1er janvier et jusqu’au 30 juin 2022, la France préside le Conseil de l’Union européenne. En conséquence, le gouvernement français se veut résolument ferme face à la question de la souveraineté numérique et la place des Gafam au sein de l’écosystème numérique européen. Pour se faire, le gouvernement souhaite mettre en œuvre une politique de souveraineté à la hauteur des 27 de l’UE. En juin 2017, le président de la république, Emmanuel Macron avait tenu un discours « pour une Europe souveraine, unie, démocratique » à la Sorbonne. L’occasion pour lui de présenter dans les grandes lignes son ambition d’une Europe plus ferme sur ses positions, une refonte des institutions et une ambition de se démarquer face à des pays comme la Chine ou les Etats-Unis.

La Chine et les Etats-Unis dans le viseur de l'UE

Appelant à un réveil technologique européen, Bruno Le Maire a insisté sur le besoin de maîtriser les innovations, la souveraineté technologique et politique à laquelle « nous aspirons tous entre la Chine et les Etats-Unis ». Après avoir rappelé qu’aujourd’hui deux modèles s’affrontent, l’un où la souveraineté technologique est aux mains de géants privés – le modèle américain – et l’autre est aux mains d’un Etat autoritaire – le modèle chinois, le ministre a fait état d’un troisième modèle, européen, « où la souveraineté est aux mains du peuple européen ». Cette prise de conscience implique (évidemment) une première question, celle du financement, début de tout projet, et nécessaire pour entreprendre une telle transformation.

En conséquence, Bruno Le Maire a annoncé que « La France injectera 300 millions d’euros dans le PIIEC (projet important d'intérêt européen commun) sur le cloud et 12 Etats membres participeront également à ce PIIEC. L’objectif : avoir un stockage de données véritablement souverain au plus vite. Au total, le projet mobilisera environ 7 milliards d'euros de financements publics et privés européens. Revenant sur le bilan 2021 des levées de fonds en France, le ministre n’a pas hésité à faire part de sa fierté à ce sujet. « Les levées de fonds ont augmenté de 115 % en valeur en 2021. La France et l’Europe regorgent de talents, de savoir-faire qui ne demandent qu’à avoir le bon endroit et les bonnes conditions pour se développer ». En conséquence, Bruno Le Maire a annoncé « le lancement d’un fonds européen de scale-up qui va rassembler 10 à 20 fonds pour un montant total minimal d’un milliard d’euros pour financer les champions de la technologie ». Ce « fonds de fonds » européen cache un objectif plus grand encore, celui « d’avoir 10 entreprises technologiques de plus de 100 milliards d’euros chacune d’ici 2030 ». Quelques semaines plus tôt, Cédric O a dévoilé un plan de soutien aux start-ups françaises et industrielle à hauteur de 2,3 milliards d'euros. La multiplication de ces fonds pourrait ainsi réunir toutes les conditions nécessaires à cette émergence tant désirée.

La régulation et la sécurité au cœur de l'opération

La souveraineté implique une régulation et de la sécurité. Sur ce point, l’Europe veut également se distinguer. « La régulation en Chine, c’est le contrôle par l’Etat, aux Etats-Unis il n’y en a pas » a pointé Bruno Le Maire. L’Europe, dans sa volonté de construire un modèle différent, présente donc aujourd’hui le DSA (Digital Services Act) et le DMA (Digital Markets Act) indispensables pour réguler les flux, les informations ou encore les comportements économiques. Ces deux règlements s’ajoutent ainsi aux initiatives existantes, comme Gaia-X pour établir une offre cohérente de cloud computing européen. Le secrétaire d'État chargé des affaires européennes, Clément Beaune, est également intervenu sur la question de la souveraineté en apportant des précisions sur la sécurité qu’elle implique. « Les règles, à l’exemple du DMA, peuvent faire avancer les conditions d’une concurrence équitable. Le DSA deviendra un standard international afin que les grandes plateformes soient enfin responsables des contenus qu’elle produisent ou des produits qu’elles vendent » a-t-il précisé.

Le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, Clément Beaune, est revenu sur les enjeux de sécurité qui découlent de la souveraineté numérique. (Crédit : DR)

« Nous encourons parfois le risque d’être distancé par d’autres. Être souverain c’est, d’abord, assurer notre sécurité » a-t-il affirmé. Ce qui valait hier pour le monde physique vaut également aujourd’hui pour le monde numérique et, en ce sens, des progrès ont été réalisés pour réduire la dépendance et lutter contre les nouvelles formes de menaces. Clément Beaune a fait part des dernières avancées en matière de cybersécurité. « La directive NIS 2 (directive sur la sécurité des systèmes d’information et des réseaux) est essentielle et nous souhaitons la finaliser sous présidence française ». Dans le même temps, un exercice de simulation cyber de grande ampleur est en cours et devrait se terminer le 21 février. « L’Europe ne peut pas exister et être souveraine si elle ne rayonne pas dans cette transition numérique » a conclu le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes.5 ans après le discours d’Emmanuel Macron, les choses ont pourtant peu évolué. L’Europe – et encore moins la France – ne se bat pas à armes égales avec les grandes puissances de ce monde, n’étant pas dotée des technologies et des outils que d’autres possèdent et manquant également de talents. Lors de la conférence dédiée à la souveraineté numérique, le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire a été le premier à prendre la parole. Dans son discours, ce dernier a fait un constat simple : « la souveraineté est un mot à la mode, tout le monde veut être souverain, tout le monde veut être indépendant ». Selon lui, « il n’y a plus de souveraineté politique sans souveraineté technologique ; la vraie souveraineté du 21ème siècle est une souveraineté technologique ». Cette indépendance s’accompagne également d’une souveraineté énergétique que l’Europe doit garantir. « Les réseaux 5G et 6G, le cloud, le stockage des données demandent un développement massif de nos capacités de production et nous devons répondre à cette demande croissante » a-t-il affirmé.